WebCimetière - Distroff - Monument aux morts

Monument aux Morts Distroff 57

 

La Guerre 1939-1945 et la libération de Distroff

 

La seconde guerre mondiale a éclaté en septembre 1939 avec l’invasion de la Pologne par les Allemands. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France ont déclaré à leur tour la guerre à l’Allemagne.

Mais dans notre région, la guerre n’éclatera qu’en mai 1940 véritablement. Le 1er mai, plus de cent chars et plusieurs gros canons ont été installés autour du village, notamment près de la gare et entre Distroff et Metzervisse, près du ruisseau « le Dippich ». Le garde-champêtre a fait la tournée pour demander à tous les habitants d’ouvrir les fenêtres, et le premier obus a été lancé sur l’Allemagne.

Le 10 mai, les Allemands sont entrés dans Distroff, ont mitraillé les façades puis le village a été envahi. Une des premières choses qui a été faite a été de changer les noms des rues et des places pour leur donner des noms allemands: Distroff est devenu Diesdorf par exemple. Les habitants et les écoliers ont été obligés de parler l’allemand, les instituteurs ont été remplacés.

Ceux qui voulaient garder la nationalité française ont été expulsés dans le sud-ouest de la France, au-delà de la ligne de démarcation.

L ‘Allemagne a attaqué la Russie en 1941. En quelques mois, il y a eu plus de deux millions de prisonniers russes. Durant l’hiver 1942, les Allemands ont été surpris par le froid et les contre-attaques russes. L’espoir revenait. Chaque fois que les ennemis enregistraient une défaite, c’était la joie chez nous. En 1943, les habitants voyaient passer les premières vagues de bombardiers qui allaient attaquer les villes allemandes.

Les conditions sont devenues plus sévères pour les habitants. Ceux qui ne voulaient pas devenir citoyens allemands ont été déportés vers la Silésie dès le mois de janvier 1943 et des familles entières sont parties pour être rééduquées. En 1941 – 1942 d’ailleurs, tous les jeunes gens en âge d’être incorporés étaient envoyés dans le RAD (service du travail obligatoire allemand), dans l’optique de les préparer. Ils partaient six mois en Allemagne, revenaient et dès l’âge de 18 ans, ils ont été enrôlés dans l’armée allemande: c’étaient les « Malgré-Nous ».

Jusqu’en 1944, quarante-cinq jeunes gens ont été envoyés sur le front et quinze sont tombés. Un tiers des garçons n’est pas revenu, c’était beaucoup pour un village de 800 habitants. Ils étaient envoyés en Russie, en Pologne, en Lituanie, dans les Balkans.

Les avions anglais et américains passaient jour et nuit au-dessus du village en route pour l’Allemagne ou en retour de mission.

En 1944, le 6 juin, les Américains ont débarqué en Normandie. Ce n’est qu’en septembre que les libérateurs seront à Thionville, sur la rive gauche de la Moselle.

Ils étaient fatigués, à bout de souffle, et ils manquaient de ravitaillement. Il fallait qu’ils attendent les renforts.

Pendant ce temps, tous les villages proches près de la Moselle ont été évacués dans l’arrière pays, notamment à Distroff. Les pauvres gens dormaient dans les caves, chez les habitants. L’administration allemande et quelques habitants qui travaillaient pour eux sont partis car ils craignaient l’arrivée des Américains. Entre septembre et novembre, ces centaines de personnes qui grossissaient le village ont pu manger grâce aux quatre ou cinq boulangeries. Ici, à la campagne pendant la guerre, les habitants n’étaient pas privés, il y avait des légumes, des fruits, de la volaille. On mangeait de la viande normalement.

Quand les militaires allemands ont vu que les Américains ne passaient pas la Moselle tout de suite, ils sont revenus s’installer au village chez les habitants. Certains, qui avaient déjà sorti les drapeaux, les ont vite remballés, et heureusement, ils n’ont pas été dénoncés. Les habitants se terraient de plus en plus dans les caves, car les Américains tiraient du fort de Guentrange, et les obus tombaient n’importe où, faisant des morts à chaque fois.

Le jour de la Toussaint, les prêtres ont décidé de faire les vêpres. L’église était pleine. Presque à la fin de la messe, un obus est tombé sur le toit, un autre sur le bord d’une rosace. Par miracle, il n’a pas traversé la vitre, sinon il serait tombé dans le chœur, là ou se trouvaient les enfants.

Le 8 novembre, l’armée Américaine a traversé la Moselle. Les avions mitraillaient les routes en tirant sur les convois allemands. Village après village, la zone était libérée.

Le 13 novembre, 400 chars étaient stationnés à Valmestroff. Le 14 au matin, la 90e division d’infanterie américaine s’est emparée de Distroff au terme d’un violent combat et y a délivré 24 G.I. du 3e bataillon déjà entrés dans le village, mais obligés de se réfugier dans les caves à la vue de l’ennemi.

Enfin, plus de soldats allemands, Distroff était libéré. A partir de 10h, on n’a plus entendu un coup de feu ou de canon. Vers 16h, les soldats américains étaient dans la rue de l’Eglise, tirant vers les maisons pour faire peur. Tout le monde est sorti pour embrasser les libérateurs. Les soldats se sont installés dans les maisons en périphérie du village. Il n’y a pas eu beaucoup de dégâts.

Le 15 au matin, vers 6h, l’armée allemande a lancé une violente contre-attaque avec la 25e Panzergernadier Division. Les soldats ont encerclé tout le village, en neutralisant les gardes. Ils étaient couchés dans les fossés, cachés derrière les murs des jardins. Certains ne se trouvaient qu’à quelques mètres des américains.

A 7h, l’artillerie ennemie a commencé à pilonner des rues pendant une vingtaine de minutes. Il y a eu des coups de canon des chars et des tirs de mitrailleuses. Les Allemands ont essayé de reprendre le village en entrant avec des chars et des half-tracks par la rue de l’Eglise et un chemin donnant sur la Grand’Rue. Les Panzergrenadiers, particulièrement déterminés, parvenaient à forcer le périmètre U.S. et envahissaient les rues. La bataille s’est poursuivie alors sous forme d’actions isolées pour la possession d’une maison ou d’une boutique. Les américains se défendaient depuis chaque porte, chaque fenêtre, et même depuis les toits avec des mitraillettes, fusils et bazookas.

A 10h, le 2e bataillon du 358e Combat Team arrivait à Distroff pour y faire une brève étape de regroupement. Il a été pris à partie par un Kampfgruppe de la 25e Panzergrenadier sortant des bois de Stuckange ainsi que des sections de panzers et canons.

Le major Wallace, commandant le bataillon, s’est enfermé dans le village en tenant toutes les sorties par ses compagnies. Mais l’étau se resserrait autour de Distroff. Devant le danger de plus en plus grand, sans hésiter, il a demandé par radio un tir de mortiers chimiques de 4,2, à toute l’artillerie disponible et au 773e bataillon de tanks destroyers de tirer sur le village, tandis que les G.I.se réfugieraient dans les caves.

Après 4 heures de combats, devant l’intensité de cette résistance, les Panzergrenadiers ont fini par se retirer du côté de Metzervisse, emmenant un certain nombre de prisonniers américains avec eux. Ils ont abandonné sur le terrain 4 tanks, 4 canons d’assaut et 16 half-tracks carbonisés.

La bataille a été sanglante et a fait 200 morts et 70 prisonniers allemands et au moins une centaine de morts américains. Des chars américains ont roulé sur la voie de chemin de fer et ont ainsi pu tirer sur les soldats ennemis cachés dans les fossés et qui ont été piégés. Dans l’après-midi, les habitants sont sortis de chez eux et ont pu contempler un bien triste spectacle avec tous ces cadavres qui jonchaient les rues. Mais cette fois, le village était libéré pour de bon.

Le 15 novembre au soir, les américains étaient sur une ligne Luttange, Metzervisse, Metzeresche.

Cette bataille et ce bain de sang ont été le prix à payer pour que Distroff retrouve sa liberté, une liberté dont les habitants ont été privés durant quatre longues années.